










Explications sur certains mots du Cartulaire de Redon
Clerc -Diacre -Machtiern - Minihi -Prieuré - Ran -Treb -Treve - Villa
Le terme Plou (avec ses variantes Plo, Plé, Ploe, Plu, Pleu) provient du mot breton ancien ploe, lui-même dérivé du latin plebs, qui signifie "la foule, le peuple" ou, dans un contexte ecclésiastique, "les fidèles, le diocèse".
Sens initial : le mot désignait donc initialement une communauté, ou une population, vivant sur un territoire donné.
Par extension, le plou désignait la paroisse primitive ou la communauté territoriale entière, comprenant le bourg central (le gwi ou gwik) et tous les hameaux ruraux environnants. C'est l'équivalent de l'ancienne circonscription gallo-romaine du pagus.
Paroisse primitive : avec l'arrivée et l'établissement du christianisme en Armorique (Bretagne) au haut Moyen Âge (principalement du V au VII siècle, avec l'immigration des Bretons insulaires), le terme a rapidement pris le sens de paroisse primitive,
Fondation religieuse : les plou désignaient les premières circonscriptions religieuses chrétiennes. Elles étaient souvent fondées autour d'un saint (souvent un moine ou un ermite insulaire) ou d'un lieu de culte important. Les Plou très importants étaient aussi appelés CONDITA ou CONDITA PLEBS.
C’était le cas de Carentoir qui, dans le Cartulaire, est dénommé « Condita Plebs Carantoer ». Ces Condita Plebs furent les premiers à posséder une église en pierre au XI° siècle. Parfois, mais très rarement, il pouvait s’agir d’une partie importante d’un Plou, ainsi Tréal est appelé « Condita Villa
Il est devenu un préfixe extrêmement courant dans les noms de communes de Basse-Bretagne (environ 12 % des communes bretonnes), généralement suivi du nom d'un saint (souvent un saint breton ancien, fondateur de la communauté) ou d'un qualificatif, par exemple :
Plou + yann (Saint Jean) rightarrow Ploujean
Plou + nevez (nouveau) rightarrow Plonevez (nouvelle paroisse)
Plou + castel (château) rightarrow Plougastel .
La formation des plous est directement liée à l'arrivée massive des Bretons insulaires (de Grande-Bretagne) en Armorique (qui prendra le nom de Bretagne) entre le Vᵉ et le VIIᵉ siècle. Ces migrations étaient dues aux invasions des Angles, Saxons et Jutes en Grande-Bretagne.
Ces nouveaux arrivants étaient souvent dirigés par des chefs de clans, des seigneurs, ou des chefs religieux (moines, ermites, évêques), qui ont organisé les nouvelles terres en vastes circonscriptions.
Le plou est fondamentalement une circonscription ecclésiastique primitive. Il s'est structuré autour d'un lieu de culte et d'un saint fondateur. Ces saints sont souvent des ecclésiastiques venus de l'île de Bretagne, qui ont évangélisé et structuré le territoire.
Dans le système de l'époque, le plou était une unité de base. Elle était dirigée par un chef de plou appelé le machtiern (un chef laïc de rang élevé), qui exerçait une autorité à la fois administrative, militaire, et parfois judiciaire sur cette communauté territoriale. La plebs ou plou était donc un territoire organisé, distinct du domaine seigneurial (villa ou ran)
Au fil du temps, ces grandes plous se sont parfois fragmentées pour donner naissance à des subdivisions plus petites (trève, qui signifie "subdivision" ou "hameau"). Ces structures ont jeté les bases des paroisses et des communes actuelles.
En bref, le Plou est la marque territoriale et historique des premières communautés bretonnes en Armorique, symbolisant le passage de l'organisation romaine et gauloise à une nouvelle structure socio-religieuse et politique d'origine brittonique.
Le plou est né de la nécessité d'organiser les communautés de colons bretons autour d'un chef spirituel :
Chaque plou était généralement lié au nom d'un saint (souvent un saint breton ou gallois des V, VI ou VII siècles) qui avait établi le premier lieu de culte. Ce saint était perçu comme le fondateur spirituel et civil de la communauté.
Exemple : Plogoff vient de Plou + Goof (saint Goof, ou Gof), et Plouharnel vient de Plou + Arzhel (saint Armel).
Le cœur du plou était le bourg principal où se trouvait l'église mère, souvent le lieu de sépulture du saint fondateur. C'était le seul lieu où les sacrements majeurs (baptême, enterrement) étaient célébrés, ce qui lui conférait une autorité religieuse incontestable sur tout le territoire environnant.
Le plou fonctionnait comme la paroisse mère d'une très vaste circonscription territoriale
À la tête du plou se trouvait le prêtre (le person en breton), qui détenait une forte autorité
Le prêtre assurait la vie spirituelle de la communauté, veillant à ce que tous les habitants du plou (du bourg jusqu'aux trèves éloignées) aient accès aux offices et aux sacrements.
Lann (Lan) L'Enclos Monastique Ancienne fondation monastique, souvent liée au saint. Était parfois à l'origine d'un Plou, ou est devenu un lieu de culte autonome. Exemple : Lannion.
Bien avant les registres d'état civil, le prêtre du plou était le gardien de la mémoire de la communauté, notamment par les registres de baptêmes, mariages et sépultures
Les plous étaient regroupés en évêchés (comme l'évêché de Cornouaille, de Léon, de Vannes, etc.). La hiérarchie ecclésiastique a utilisé cette maille territoriale déjà établie par les Bretons pour structurer l'Église en Bretagne :
La création des évêchés a souvent reposé sur l'agrégation de plusieurs plous sous l'autorité d'un évêque, qui supervisait l'ensemble des prêtres des paroisses mères.
C'est la structure des plous qui a permis de dessiner les limites diocésaines et les futures limites administratives de la Bretagne.
En résumé, le plou n'était pas seulement une division territoriale, c'était l'unité de base de l'Église primitive bretonne. Il liait étroitement l'organisation du territoire, la vie spirituelle de la population, et l'autorité des saints fondateurs et du clergé.
Les préfixes issus du mot plou sont une carte historique figée dans les noms de communes actuelles. Ils révèlent non seulement l'ancienneté d'une paroisse, mais souvent aussi l'identité du saint fondateur ou une caractéristique géographique.
Selon les régions de la Bretagne et l'évolution phonétique du vieux-breton, le préfixe peut prendre plusieurs formes, toutes dérivées de ploe :
Les suffixes qui suivent le préfixe Plou- donnent des indices sur l'histoire de la paroisse :
C'est la catégorie la plus fréquente et la plus importante, témoignant du rôle des saints bretons (ou gallois) venus évangéliser le territoire au Haut Moyen Âge :
Plou-harnel (Morbihan) : Paroisse d'Armel.
Plou-dalmézeau (Finistère) : Paroisse de Saint Tual (ou Tudual)
Plou-yé (Côtes-d'Armor) : Paroisse de Saint Ié (ou Edern).
Certaines paroisses ont été christianisées sous l'égide de saints plus universels :
Plou-guin (Finistère) : Paroisse de Saint Gwen.
Plou-gourvest (Finistère) : Paroisse de Gourvest.
Plou-bazlanec (Côtes-d'Armor) : Paroisse de Saint Pôl.
Plo-meur (Morbihan) : La Grande Paroisse (meur).
Plou-nevez (Partout) : La Paroisse Nouvelle (nevez). Cela indique souvent une subdivision d'une ancienne et vaste Plou
Plou-castel (Finistère) : La Paroisse du Château (indiquant la présence d'un pouvoir laïc fort, un castel).
Les limites des Plous originels sont étonnamment durables. Elles ont formé la base
1. Des paroisses d'Ancien Régime.
2. Des communes créées après la Révolution française (en général, une paroisse est devenue une commune).
3. Des limites diocésaines (celles des anciens évêchés bretons).
C'est pour cette raison que la Bretagne historique présente une maille territoriale si dense et si ancienne, le nom de chaque village racontant une histoire vieille de plus de mille ans