










Explications sur certains mots du Cartulaire de Redon
Clerc -Diacre -Machtiern - Minihi - Plou -Prieuré - Ran -Treb -Treve - Villa
En Armorique (future Bretagne), le mot « ran » est un terme technique de la documentation médiévale qui renvoie à une unité d'exploitation agricole issue d'un partage, non à un toponyme gaulois ou à un ethnonyme antique.
Dans les sources bretonnes du haut Moyen Âge, « ran » désigne le plus souvent une exploitation ou un immeuble, défini par une quotité de semence en muids de céréales, et non par la superficie cadastrale au sens moderne. Le « ran » correspond donc à la part de terre cultivée attribuée à un tenancier à l'issue de partages, ce qui en fait une unité éminemment liée à la logique du partage agraire
Les médiévistes rapprochent « ran » du gallois rhan (part, portion) et du composé rhandir (portion de champ), ce qui renvoie à un fonds brittonique commun plutôt qu'à une création purement locale. En Armorique, le mot a conservé ce noyau sémantique de « partage », mais s'est spécialisé pour désigner une exploitation agricole concrète.
Dans les actes de cartulaires bretons, un ran peut être parfois assimilé à une villa latine, ce qui suggère une entité plus vaste et plus structurée qu'un simple manse carolingien, peut être de l'ordre de quelques dizaines d'hectares, tout en restant le produit de divisions successibles. Cela en fait un bon observatoire des transformations de la propriété et des formes d'exploitation en Armorique, entre héritage britannique et cadres féodaux importés.
Les dictionnaires indiquant pour le breton moderne ran une origine en « moyen breton ran », ce qui suppose déjà un emploi antérieur en vieux breton, notamment dans la toponymie et la terminologie agraire. Le breton moderne rann « part, section, division » est précisé comme issue du vieux breton rann , puis du moyen breton rann , démontrant une évolution phonétique interne par gémination et différenciation des doublets ran/rann .
Les matériaux comparatifs gallois ( rhan « part ») et corniques ( ran ) sont rattachés au proto celtique reconstruit , forme qui explique bien le champ sémantique armoricain de « part, lot, unité issue d'un partage ». En Armorique, ce vieux breton a été spécialisé dans la documentation médiévale pour désigner une « part de terre » ou unité d'exploitation, mais ce sens dérivé reste cohérent avec l'étymon de base « partage, portion ».∗runnnunˉ∗«punrt,portjeon»*rannā* « partie, portion »∗ r annunˉ∗" partie ,portion »
L'étymologie francique proposée pour le français régional ran « toit à porcs » ne concerne pas le breton et repose sur un autre étymon germanique ( hramne ), sans lien démontrable avec le ran armoricain. De même, les patronymes bretons en Rann- (par ex. Rannou ) sont interprétés comme dérivés de ce vieux breton ran/rann « part, lot », confirmant la productivité du thème brittonique plutôt qu'une origine étrangère.
Ran et le gallois rhandir relèvent du même champ brittonique de la « part de terre », mais à des niveaux morphologiques différents : ran/rann est la base « part, portion », tandis que que rhandir est un composé transparent « part de terre » (rhan + tir).
En gallois moderne, rhan signifie « part, portion », et tir « terre, sol, domaine » ; le composé rhandir est traduit « part de terre », utilisé en toponymie et dans la langue technique agraire. Ce type de composition nom abstrait + tir est productif en brittonique, marquant différentes qualités ou statuts d'un terrain
Le breton rann « part, section, division » est rattaché par Fleuriot et les lexiques étymologiques à un celtique commun (ou , dérivé d'une racine indo européenne signifiant « diviser, partager »), dont le gallois rhan est le correspondant régulier. Le vieux breton ran attesté dans la terminologie agraire armoricaine représente ainsi le même étymon rannā « part, portion » que le rhan de rhandir , avec une spécialisation sémantique vers « lot/exploitation issue d'un partage ».∗runnnun*ranna∗ r anna∗pr unnnunˉ∗*pr annā*∗ p r annunˉ∗
Sur le plan étymologique strict, ran/rann breton et rhan gallois sont co héritiers d'un proto brittonique $$ rannā ), lui même issue d'un proto celtique de même forme, et ne différant que par des évolutions phonétiques internes (simplification ou gémination de la consonne, variation vocalique). [][] Rhandir n'apporte pas de racine nouvelle : il combine simplement cette base rhan avec tir , tandis que l'Armorique médiévale a lexicalisé directement couru comme unité foncière, là où le gallois a privilégié le composé transparent « part de terre En Bretagne, les toponymes contenant ransont relativement nombreux et retirent la racine brittonique ancienne signifiant « part » ou « portion ».
On retrouve des noms comme Wen-ransignifiant « parcelle blanche », attesté par des études toponymiques en Bretagne.
La racine a ranest fréquente dans les lieux-dits relatifs aux portions de terre ou partages agraires dans tout l'aire bretonnante, notamment en basse Bretagne
Les toponymes avec ransont dispersés dans plusieurs régions bretonnes, avec une densité notable dans les espaces anciens d'exploitation rurale. Leur présence est plus marquée dans les zones à forte continuité brittonique, où la toponymie conserve des termes issus du vieux breton employé dans la structuration agraire
La toponymie bretonne est riche en termes celtiques liés à la géographie physique, à l'agriculture et à l'habitat, avec des racines telles que lan(ermitage), kêr(village), enclos(tête, sommet), et aussi ranqui quant à lui désigne cette idée de « part » ou « portion » de terrain, particulièrement dans le contexte des exploitations agricoles médiévales et modernes.
Ainsi, courutdans les toponymes soulignent le rôle foncier et agraire du terme dans l'organisation territoriale bretonne ancienne.
En toponymie bretonne, le terme a couru avant de renvoyer tout à une notion de « part » ou « portion » de terrain, liée aux pratiques agricoles. Sa corrélation avec des éléments géomorphologiques locaux est indirecte et résulte surtout de l'usage du terme pour désigner des portions de terres exploitables ou partagées, plutôt que des formations naturelles géologiques précises.
Les toponymes sont souvent situés dans des zones de campagne à morphologie variée, incluant des fonds de vallées, des zones de plateaux, et des terrains de pente modérée où les divisions foncières médiévales ont été établies.
Il existe une corrélation entre la morphologie locale et la structuration des exploitations agricoles nommées par ran: la topographie a influence les formes des parts agricoles, qui suivent souvent des limites naturelles telles que des crêtes, des versants, ou des ruisseaux
Le terme en lui-ne désigne pas une caractéristique même géologique ou morphologique spécifique, mais une unité économique liée à une répartition foncière humaine.
Les études géologiques des sols et substrats (calcaire, marnes, argiles) dans plusieurs régions bretonnes ne font pas de lien direct avec les appellations toponymiques en ran, celles-ci étant davantage liées à l'histoire de la structuration sociale et agricole qu'à des critères géomorphologiques précis.
Ainsi, la corrélation entre couruet les éléments géomorphologiques est pragmatique : les délimitations de ransuivent des unités exploitables, qui elles-mêmes peuvent correspondre à des micro-reliefs locaux, des limites de sols ou des zones favorables à l'agriculture, sans que le terme désigne une forme géologique en soi.