










Explications sur certains mots du Cartulaire de Redon
Les médiévistes soulignent que, depuis au moins le XIe siècle, la parrochia est dans l’Ouest de la France une réalité vécue, mais cela n’implique évidemment pas l’existence de la communauté paroissiale en tant que corps, et il semble qu’un tournant n’intervient pas, sur ce dernier point, avant le XIIIe siècle. Le premier texte précis date de 1300 et concerne Saint-Sauveur-des-Landes, dans le diocèse de Rennes. La « major et sanior pars », qui réunit 53 chefs de feux, soit, sans doute, une très grande part de la population, y constitue des procuratores qui ont pour tâche de veiller au bon état de l’église, et donc de faire procéder aux réparations nécessaires.
Il s’agit d’un premier type de fabrique, chargée au sens propre de l’entretien du bâtiment (ad fabricam). Mais cela n’implique pas la tenue de comptes écrits, dans un monde de culture presque exclusivement orale. Ainsi, comme l’a suggéré Antoine Follain, il y a d’abord « de l’argent et des trésoriers, mais pas de comptes écrits.
Le XIVe siècle paraît aussi être l’époque où se constituent les fabriques dans le monde urbain de la Haute-Bretagne. Les premiers comptes de fabrique écrits datent d’ailleurs du XIVe siècle, même si rien n’en a été conservé. Ainsi, l’inventaire des ornements dressé par les trésoriers de Saint-Sulpice de Fougères au début des années 1520 révèle l’existence de « trante pairres de comptes », ce qui, vu la durée de la charge des trésoriers trois ans , ferait remonter le premier compte écrit au milieu du XIVe siècle.
Cette paroisse fougeraise étant particulièrement riche, du fait de l’importance des activités drapières, il ne serait pas étonnant qu’elle ait été l’une des premières de Bretagne à opter pour le choix de la consignation, écrite, des comptes dans un registre, ce qui la placerait, toujours du point de vue chronologique, à l’égal des principales villes du royaume Les plus anciens comptes actuellement conservés en Bretagne datent des premières années du XVe siècle, et parmi ceux-ci figurent précisément ceux de Saint-Sulpice de Fougères, qui sont aussi les plus anciens comptes conservés dans le cadre spatial de la présente étude.
La seconde décennie du XVe siècle est l’époque des plus anciens comptes de confrérie conservés, notamment pour Vitré, tandis qu’à Rennes les comptes des miseurs commencent en 1418, et que partout la communauté de ville s’affirme en tant que corps. Cette période est donc celle du développement de l’écrit dans les villes de Haute-Bretagne, développement partiellement induit par la tenue des comptes puisque les trésoriers des fabriques doivent posséder des « lectres des rentes », pour justifier de leur gestion et pour rationaliser la collecte des rentes, parfois nombreuses.
La pratique qui consiste à tenir par écrit des comptes de fabrique se répand dans le monde rural dans la seconde moitié du XV siècle. Pour le diocèse de Rennes, les plus anciens comptes conservés pour une paroisse rurale sont ceux d’Ercé-près-Liffré, qui datent de 1464/1465. En revanche, il ne subsiste pour les diocèses de Dol et de Saint-Malo aucune comptabilité rurale antérieure au XVIe siècle. Des comptes de fabrique du XVIe siècle ont été conservés pour 30 paroisses rurales du diocèse de Rennes, presque toutes situées dans le Bassin rennais et le pays de Vitré, 7 paroisses rurales du diocèse de Saint-Malo, souvent situées non loin d’une ville, et pour seulement 2 paroisses du diocèse de Dol, situées près des limites diocésaines – et qui plus est ces comptes ne sont pas antérieurs à 1580.
La Haute-Bretagne orientale, celle des diocèses de Rennes et de Nantes, présente ainsi un retard d’un demi-siècle par rapport aux provinces voisines du Maine et de l’Anjou, mais elle connaît une légère avance sur la partie la plus occidentale de la Basse-Normandie, à savoir les diocèses d’Avranches et de Coutances. Il semble donc exister dans un premier temps un mouvement de diffusion d’Est en Ouest puis, dans un second temps, à partir du Bassin rennais, vers le Sud-Ouest de la Normandie et vers la côte Nord de la Bretagne.
Il subsiste en effet, pour les diocèses de Saint-Brieuc et de Tréguier, un nombre important de comptes de fabrique tenus dans des paroisses rurales avant le XVIIe siècle. Le Goëlo, partie occidentale du diocèse de Saint-Brieuc située en Basse-Bretagne, et le Trégor sont d’ailleurs les seules régions bas-bretonnes à avoir conservé de façon significative des comptes de fabrique antérieurs au XVIIe siècle. Par contre, le reste de la Basse-Bretagne, prolongé au centre par la Haute-Bretagne occidentale, reste de façon très sensible à l’écart du mouvement. Une des principales explications est certainement d’ordre linguistique, d’autant que les rares contre-exemples correspondent à des paroisses côtières, où le français est parfois pratiqué en concurrence avec le breton, tout comme dans le Trégor et le Goëlo d’ailleurs.
Ce Grand Ouest de la France, qui exclut donc l’essentiel de la Basse-Bretagne, paraît, en matière de comptabilité paroissiale, un peu en retard par rapport à la partie la plus septentrionale du royaume, sans doute plus riche, ainsi que par rapport au Midi, pays de droit écrit, où certains comptes de fabrique sont tenus, par écrit donc, dès le XIVe siècle, mais où cette pratique ne commence à se généraliser qu’à partir du milieu du siècle suivant. En revanche, l’Ouest apparaît en avance par rapport à l’essentiel du Bassin parisien, auquel se rattache la Normandie. L’explication réside peut-être dans la place respective du civil et du religieux, selon des configurations qui varient suivant les régions.
Si, dans la plus grande partie de la France du Nord, la communauté d’habitants se confond plus ou moins avec la paroisse, la première est, au milieu du XVIe siècle, bien constituée en Île-de-France et sans doute aussi en Normandie. Dans l’Ouest, la faiblesse de la communauté joue d’une certaine manière en faveur de la paroisse. La fabrique y est le seul véritable organisme de gestion aux mains des paroissiens, ce qui a pu favoriser son développement, et donc aussi le choix d’un passage plus rapide à l’écrit pour la tenue des comptes.
Notons également qu’en Bretagne l’apparition des comptabilités écrites en milieu rural est à peu près contemporaine de celle des registres paroissiaux, et que l’aire de diffusion des unes recoupe en bonne partie celle des autres. À Louvigné-de-Bais, les premiers comptes de fabrique et les premiers registres paroissiaux connus datent de la même année, 1490. Par ailleurs, l’exemple des diocèses d’Angers et du Mans, qui relèvent de la même métropole que les diocèses bretons, a pu influencer les membres de la hiérarchie ecclésiastique, tandis que des recteurs ont pu vouloir rationaliser une gestion à laquelle il était fait allusion dans les statuts synodaux
Plus largement, la seconde moitié du XVe siècle est bien l’époque de la diffusion de l’écrit dans les paroisses rurales, nouvelle étape d’une lente acculturation comptable qui a sans doute commencé dans le duché vers le début du XIVe siècle. Les principaux agents de cette acculturation à l’écrit sont probablement les « passes », qui sont soit des prêtres, soit des notaires laïcs attachés aux cours de la justice seigneuriale.
De fait, un grand nombre de comptes de fabrique mis par écrit au XVe siècle et dans la première moitié du XVIe sont suivis d’une signature qu’accompagne le mot « passe ». Cette constatation éclaire de façon probablement décisive l’uniformité des pratiques comptables que l’on constate d’une paroisse à l’autre, mais aussi entre les fabriques des paroisses rurales et celles des villes, et même entre les comptes des fabriques et ceux des seigneuries
L’importance des sommes manipulées, et donc la richesse des fabriques, constitue sans doute aussi un facteur déterminant du passage à l’écrit, de même que les reconstructions d’églises, qui peuvent faire suite à certaines dévastations dans le diocèse de Rennes ou bien, l’un n’excluant pas l’autre d’ailleurs, intervenir dans le cadre d’une conjoncture économique favorable. C’est ainsi qu’il y a concomitance entre les premiers comptes d’Ercé-près-Liffré et le début des travaux de reconstruction de l’église, en 1465.
La tenue écrite des comptes engendre, dans le monde rural comme dans le monde urbain, une multiplication de papiers visant à rationaliser et à faciliter la gestion. Ainsi, il est fait référence dans le compte de fabrique de Louvigné-de-Bais de 1503/1504 à des « relations », quittances et « marques » produites tout au long de l’année comptable et servant à la mise par écrit du compte le jour venu.
La rédaction des comptes se fait donc partout sur le même modèle. Un premier paragraphe mentionne les noms des trésoriers sortant de charge, ainsi que ceux des trésoriers entrant en charge, et leur période d’exercice. S’y ajoute le nom des personnes chargées d’examiner le compte et la mention des autorités qui leur ont donné commission pour ce faire. Le paragraphe qui clôt le compte reprend généralement ces éléments, et comporte parfois la liste des paroissiens qui assistent à la reddition du compte.
Mais cette liste est rarement complète et bien souvent, généralement dès le début du XVIe siècle, elle est remplacée par une formule générale. Ce paragraphe terminal sert aussi à indiquer le montant total de la « charge » ou recette, celui des « des charges » ou dépenses, et celui du solde qui, lorsqu’il est positif, devient un reliquat que les trésoriers s’engagent, solidairement, à verser à leurs successeurs. Viennent enfin quelques signatures, celles du ou des notaire(s) ou « passe », celle de l’examinateur, et celles des trésoriers s’ils savent signer.
À la suite du paragraphe introductif sont consignées les recettes, qui sont toujours regroupées par catégories. Dans un ordre qui varie suivant les paroisses, se succèdent le montant du reliquat versé, le détail des rentes et des offrandes, celles en nature étant généralement vendues au bénéfice de la fabrique, et l’indication des autres ressources, par exemple la vente de l’herbe et des pommes du cimetière, sans oublier les éventuels dons d’objets. Au XVe et au début du XVIe siècle, les comptes sont toujours extrêmement détaillés, notamment en ce qui concerne les rentes.
Par la suite, ces rubriques sont présentées de façon nettement plus laconique, tandis que de nombreuses précisions sont fournies sur les offrandes. Après les recettes viennent les « mises et des charges », autrement dit les dépenses, qui ne sont jamais classées par catégories et se suivent en fonction du déroulement de l’année. S’y ajoute parfois, surtout au XVe et au début du XVIe siècle, un inventaire des ornements appartenant à la fabrique, que les trésoriers certifient recevoir de leurs prédécesseurs, ou transmettre à leurs successeurs.
Lors du contrôle du compte, le commissaire écrit parfois quelques annotations dans la marge, notamment lorsque certaines dépenses posent problème. Elles peuvent alors être « allouez du commendement des paroissiens », ou, au contraire, l’article peut faire l’objet d’une mention « nihil » ou « reffuzé »
Les trésoriers sont presque toujours deux sauf dans les trèves, toutes pourvues d’une fabrique, où il y a souvent un seul trésorier et en charge pour un an. En général il ne paraît pas y avoir de hiérarchie entre les trésoriers, sur le plan institutionnel en tout cas, et rarissimes sont les références à un partage des tâches, ce qui laisse imaginer, dans la plupart des cas, une gestion conjointe et à égalité.
Le début de l’année de compte varie en fonction de la paroisse. Dans le cas de figure le plus courant, il s’agit d’une date proche de la fête pascale, fête qui marque aussi le début de l’année civile jusqu’en 1565. Dans les années qui suivent, la date du 1er janvier est adoptée comme début de l’année de compte dans plusieurs paroisses, sans que cela puisse être interprété comme un signe de laïcisation des fabriques, puisque le choix de Pâques correspondait tout autant à un alignement sur le calendrier civil.
De toute façon, la date d’entrée en charge des nouveaux trésoriers varie suivant les paroisses. Par ailleurs, le passage du relais entre les trésoriers ne s’effectue pas toujours dans le cadre d’un strict respect du calendrier a priori établi. À Saint-Gondran, à la fin du siècle, l’entrée en charge des nouveaux trésoriers s’effectue un des trois dimanches qui suit Pâques, et dans certaines paroisses les variations sont bien plus importantes. En revanche, l’abandon du style de Pâques (officiellement le 1er janvier 1565) et l’adoption du calendrier grégorien en 1582, qui entraîne la suppression de dix jours, le dimanche 9 décembre 1582 étant suivi par le lundi 20 décembre, ne paraissent pas engendrer de problèmes particuliers en termes de gestion
Dans les quarante premières années du siècle, la monnaie de compte utilisée est presque toujours la livre monnaie, qui était la monnaie de compte employée officiellement dans le duché. Saint-Aubin-des-Landes, dans le pays de Vitré, est, d’après la documentation conservée, la première paroisse rurale à opter pour la livre tournois, dès 1533, mais dans l’immense majorité des paroisses, le passage aux livres tournois s’effectue entre 1564 et 1568.
Quant aux ordonnances monétaires de 1577, établissant que toutes les transactions doivent, à partir du 1er janvier 1578, s’établir en écus d’or au soleil, ordonnances valables jusqu’en 1602, elles ne sont que très inégalement suivies d’effet dans les paroisses, où l’on continue la plupart du temps à utiliser la livre tournois.
(La livre tournois, qui apparaît en France au xiiie siècle, est l'unité de compte qui prévaut tout au long du Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, avant que le franc ne devienne, en 1795, l'unité monétaire française. Jusqu'à la fin du xviiie siècle, les transactions qui donnent lieu à des paiements se règlent en monnaie métallique, par remise de pièces de monnaie de la main à la main. Le régime monétaire fixé par le pouvoir royal, qui règle la définition de la monnaie, la fabrication, l'émission et la circulation des pièces, repose sur une distinction entre trois concepts : l'unité monétaire, l'unité étalon et l'unité de compte.)
En l’absence de déclarations des francs-fiefs, comme celles qu’a pu utiliser Anne Bonzon pour le Beauvaisis des années 1610-1614, c’est-à-dire d’une source de type fiscal informant du revenu d’un nombre important de paroisses, les comptes de fabrique permettent de connaître le montant des sommes dont disposent les fabriques au XVIe siècle
(Les francs-fiefs sont d'une part des fiefs nobles possédés par des roturiers, et d'autre part la taxe qu'ils devaient payer au roi de France ou à ses fermiers pour avoir la permission de les posséder sans être nobles, et donc sans pouvoir rendre les services nobles attachés au fief).
Il apparaît que le budget dont disposent les fabriques est, sans surprise, fonction de la richesse des habitants de la paroisse, qui tient aux activités qu’ils pratiquent, la proximité des villes et les activités toilières en milieu rural, les activités commerçantes en milieu urbain constituant des facteurs favorables à la croissance du budget des fabriques. Le montant du reliquat transmis d’une année sur l’autre dépend, de façon logique, de l’importance des recettes qui l’alimentent, et varie ainsi fortement.
Le budget des fabriques augmente de façon significative au cours du XVIe siècle, les fabriques accroissant fortement leurs revenus, indépendamment de l’inflation, comme il apparaît pour Chavagne, Saint-Aubin-des-Landes ou Coulon en Montfort. Le reliquat a de ce fait tendance à s’accroître lui aussi, mais pas sur le long terme car les trésoriers des fabriques, au lieu de thésauriser, utilisent le reliquat pour engager des dépenses.
L’essentiel des recettes provient en effet des offrandes. Celles-ci sont pour partie réalisées en espèces, dans le ou les troncs prévus à cet effet, ainsi qu’« à la tasse », appelée aussi « plat des deniers à Dieu », les dimanches et jours de fêtes chômées, voire sur les autels67. Les octrois d’indulgences les augmentent assez sensiblement, les sommes étant alors souvent consignées dans les registres de comptes sous le titre « recepte de pardons ». Le tronc ou « boueste » est généralement ouvert une fois par an, à la reddition du compte ou lors d’une fête solennelle, en présence d’une partie des paroissiens. Une autre partie des offrandes est faite en nature.
Les produits sont ceux de l’élevage et de l’agriculture : porcs et animaux de basse-cour, morceaux de viande et œufs, seigle, orge, sarrasin et avoine (plus rarement froment), pommes et poires, miel et pain, noix et fèves, auxquels s’ajoutent, dans les paroisses côtières, le poisson et notamment la morue. Deux produits sont toujours considérés comme étant à part, car ils sont offerts en plus grande quantité et rapportent des sommes non négligeables aux fabriques.
Il s’agit tout d’abord du beurre, qui est placé dans des petits pots achetés chaque année par la fabrique. Il est de coutume, dans chaque paroisse, d’offrir le beurre en assez grande quantité un jour par an, par exemple à la Trinité à Domalain. L’autre produit classé à part est le « fil », produit de la proto-industrie toilière, qui, à la différence du beurre et des autres denrées, est généralement vendu à une ou deux personnes. Pour tous les produits, les ventes se font près de la croix du cimetière, selon le système des enchères.
Les droits versés lors des sépultures dans l’église constituent un troisième ensemble de revenus. Cela concerne 5 à 10 personnes par an à Chavagne, près de Rennes, et rapporte, dans chaque cas, de 6 à 48 sous suivant l’emplacement choisi. Un quatrième type de recettes regroupe l’ensemble des revenus « divers », fort variés. Souvent, les trésoriers vendent les pommes et l’herbe qui poussent dans le cimetière. À Saint-Aubin-des-Landes, ils vendent en 1541/1542 le « viel linge de l’église », en 1542/1543 les vieilles portes, et en 1547/1548 les vieilles cordes des cloches.
La cinquième et dernière catégorie de recettes ordinaires ne concerne que certaines paroisses, et contribue à expliquer les différences de revenus entre les fabriques. Il s’agit d’une partie des dîmes. À Acigné, par exemple, le « droict de desme de saint Martin » rapporte 104 livres en 1594.
Mais la majorité des fabriques ne peuvent compter sur ce type de revenu, et les trésoriers doivent d’abord compter sur les offrandes, assurer une perception efficace des rentes et des droits de sépulture, multiplier les revenus « divers », et gérer ces revenus extraordinaires que sont les reliquats et les levées d’argent exceptionnelles, appelées « taillees », auquel il est procédé en cas de difficultés financières marquées, ce qui, sauf exceptions rarissimes, n’arrive pas avant les vingt dernières années du siècle.
Dans l’immense majorité des paroisses, il existe des reliquats, qui augmentent assez rapidement dans la mesure où le montant des dépenses reste généralement constant. Chaque année, le solde, positif, devient un reliquat versé aux trésoriers suivants. La conséquence en est que la fabrique d’une paroisse aussi modeste que Saint-Gondran, qui dispose vers 1570 d’une centaine de livres, reliquat inclus, dispose au milieu des années 1590 de près de 500 livres, reliquat inclus, alors que le montant des recettes hors reliquat n’a quasiment pas varié.
Généralement, les reliquats doivent être versés une à quatre semaines après la reddition du compte, mais la plupart du temps les versements se font, d’une manière échelonnée, sur quelques mois, l’essentiel étant que la totalité de la somme soit versée dans l’année, et aucune sanction n’est prise à l’encontre des retardataires. Il arrive cependant qu’une partie importante du reliquat ne soit pas versée aux trésoriers suivants. Il est possible que des trésoriers tardent à rendre la somme due parce qu’ils établissent, à leur profit, une confusion entre cet argent et leurs propres deniers. Mais, plus souvent, les disparitions apparentes de reliquats correspondent à un choix.
C’est le cas à Saint-Aubin-des-Landes où, dans les années 1540, puis en 1555, et à nouveau au début des années 1560, seules 24 livres sont versées chaque année aux trésoriers entrant en charge, alors que, si l’on excepte 1559/1560 et 1560/1561, les soldes sont supérieurs à cette somme. Il semble qu’une partie de l’argent est placée dans un coffre spécifique, et disparaît ainsi de la documentation, ce qui n’exclut pas une réapparition ultérieure. Il en est ainsi à Saint-Aubin-des-Landes où, en 1560/1561 et 1561/1562, le reliquat versé aux trésoriers entrant en charge, approximativement 24 livres, est supérieur au solde de l’année précédente.
Plus souvent encore, une apparente disparition du reliquat s’explique par la volonté d’affecter directement l’argent à une dépense spécifique, sans passer par les trésoriers de la fabrique. C’est ce qui se passe en 1575 à Landavran, où le reliquat est versé au recteur « pour poaisment et sallaire » d’avoir fait édifier le porche de l’église tréviale. Les dépenses engagées par les trésoriers des fabriques peuvent être regroupées en une petite dizaine de catégories
Si l’on tente d’évaluer la répartition des dépenses par types, les graphiques qui résultent de l’opération s’avèrent fort différents suivant la paroisse, suivant l’époque considérée et suivant la longueur de la période retenue pour le calcul. Aussi n’ont-ils pas de valeur autre qu’indicative, le recours aux chiffres ne devant pas créer l’illusion d’une scientificité non justifiée.
Si l’on considère le graphique consacré à la répartition des dépenses à Chavagne de 1546 à 1555, la part que représentent les dépenses affectées au bâtiment (24 %) s’explique essentiellement par la réalisation du porche. Quant aux dépenses consacrées aux objets et ornements, leur importance (61 %) tient à l’achat d’une bannière et à celui d’un ensemble de vêtements liturgiques. Pour la même période, la part que représente ce même type de dépenses, celui consacré aux objets et ornements, à Coulon en Montfort (47 %), tient aussi à l’acquisition d’un ensemble composé d’une chasuble et de deux dalmatiques.
Quant à la part que représentent les dépenses de type civil à Paramé de 1561 à 1570 (28 %), elle est liée à une forte augmentation de la fiscalité, en l’occurrence la création d’une taxe sur les clochers. Bref, il faut constater le caractère illusoire de la création, par l’historien, de situations-types censées rendre compte de la répartition des dépenses en fonction des paroisses, puisque chaque configuration varie fortement d’une année sur l’autre, d’une décennie à l’autre, etc., au point de remettre en cause, à chaque fois ou presque, le modèle qu’elle est censée incarner.
Les permanences tiennent en fait d’abord au caractère varié des dépenses, souvent lié à des seuil incompressibles (en chiffres absolus et non pas relatifs), et ensuite à la part non négligeable que représentent toujours trois ensembles, à savoir les produits pour le culte et notamment le luminaire, les objets et ornements et enfin le bâtiment , sans que cette importance puisse être résumée par des chiffres, tant les configurations, encore une fois, sont éminemment variables
Pour l’essentiel, avec la communauté, elle constitue la circonscription de base pour la levée de l’impôt. Dans le duché de Bretagne, la difficile naissance du fouage pendant la période 1345-1365 est assez rapidement suivie d’une normalisation. Les receveurs sont responsables de circonscriptions étendues, et c’est la paroisse qui leur sert d’unité de base pour la perception de l’impôt.
Ils fixent la charge globale de chaque paroisse et centralisent les fonds, la collecte et l’égail étant confiés aux contribuables eux-mêmes, c’est-à-dire aux paroissiens. Dans plusieurs paroisses, un dédommagement financier est accordé, sur le budget de la fabrique, à celui qui a réalisé la collecte ou qui s’est rendu au siège de la circonscription fiscale pour verser la somme demandée par le receveur. C’est ainsi qu’en 1575/1576 les trésoriers de Coulon en Montfort demandent 25 sous de dédommagement pour deux déplacements à Ploërmel, ville située à une bonne vingtaine de kilomètres de Montfort, où la recette du fouage devait être portée, mais ce dédommagement leur est refusé. Quelques années plus tard, la motivation du refus apparaît de façon explicite dans les marges du registre de comptes : « cecy concerne le temporel », et non pas les affaires religieuses, au sens large, qui seules doivent concerner la fabrique.
La logique d’une séparation entre la fabrique et les affaires civiles est ainsi respectée mais, en l’absence de comptabilité civile, les trésoriers persistent à demander, chaque année, que soit allouée une dépense liée à la perception des fouages. Et l’entêtement paie parfois. Ceci dit, les sommes restent modestes et seule se trouve en jeu une question de principe. Il n’en va pas de même avec les frais liés aux francs-archers et élus.
C’est en 1425 que cette institution apparaît dans le duché, dans le cadre de la guerre de Cent Ans et d’un retournement d’alliance. Chaque paroisse doit fournir quelques hommes, qualifiés d’élus, dont des archers, tous exemptés de fouage et pour cette raison appelés francs. L’institution perdure après le rattachement du duché au royaume, puisqu’en 1448 le roi de France a choisi lui aussi de créer, sur le même modèle, une troupe de francs-archers. L’équipement des francs-archers et élus est à la charge des paroisses et grande est, là aussi, la tentation de confondre ce budget avec celui de la fabrique. À la fin du XVe siècle, d’ailleurs, les armes achetées par la paroisse figurent souvent dans l’inventaire des objets appartenant à la fabrique. Dans les années 1560, du fait des troubles que connaît alors le royaume, il y a un renouveau de l’institution des francs-archers et élus, qui pèse lourdement sur les paroisses.
Ainsi les paroissiens de Chavagne doivent-ils, pour cette raison, débourser plus de 90 livres en 1567/1568, 200 livres en 1568/1569, une cinquantaine de livres en 1569/1570 et 1570/1571, sommes incluant les soldes, l’envoi de céréales, l’achat et l’entretien des armes, les frais liés aux revues militaires et ceux entraînés par les emprunts réalisés pour couvrir les dépenses. En revanche, à Saint-Nicolas de Montfort, en 1567/1568, si l’examinateur du compte de la fabrique accepte dans un premier temps d’allouer les dépenses liées aux francs-archers et élus, il se ravise finalement, exigeant une levée d’argent spécifique. Ces refus deviennent ensuite, un peu partout, de plus en plus courants, d’autant que d’autres dépenses pèsent sur les paroisses, et donc souvent sur les budgets des fabriques
En 1552, Henri II crée une taxe sur les clochers, c’est-à-dire sur les églises paroissiales, dans le cadre d’un alourdissement des prélèvements royaux sur les biens de l’Église de France La somme est de 20 livres tournois, et doit, de fait, être fournie par la fabrique. Cet alourdissement des prélèvements dans les années 1550-1560 constitue certainement un élément d’explication au fait que l’on choisisse alors, dans toutes les paroisses, de tenir les comptes en livres tournois afin de faciliter la gestion. Par ailleurs, la communauté se trouve parfois dans l’obligation d’engager des frais exceptionnels pour entreprendre ou soutenir un procès, et les paroissiens tentent presque systématiquement d’intégrer ces dépenses au budget de la fabrique, mais ces entreprises sont loin d’être toujours couronnées de succès
A l’exception de la taxe sur les clochers , dans les budgets des fabriques, la première solution consiste à lever une « taille » spécifique, elle-même intégrée dans les recettes de la fabrique. C’est par exemple ce qui se passe à Saint-Nicolas de Montfort en 1567/1568. Mais, très vite, cette solution n’est pas jugée satisfaisante, du fait de la confusion persistante entre dépenses de nature religieuse et dépenses de nature civile. La dernière solution, et la plus logique d’ailleurs, est alors de tenir un compte « pour le temporel », spécifique, distinct du compte « pour le spirituel », à savoir celui de la fabrique. Cette solution est de plus en plus souvent adoptée dans les années 1570 et 1580, mais pas de façon systématique, car il n’y a aucune régularité en la matière.
Ces comptes possèdent leurs recettes propres, consistant en « taille », mais ne sont pas toujours consignés par écrit. Quand ils le sont, c’est dans le registre des comptes de fabrique qu’ils figurent car, considérés comme devant rester occasionnels, et le restant effectivement, malgré leur multiplication pendant les trente dernières années du XVIe siècle, ils ne bénéficient pas d’un registre propre. Les trésoriers sont ceux de la fabrique, et les deux comptes sont rendus l’un après l’autre. Il en est ainsi à Piré en 1590/1591 où, après le compte « pour le faict du spirituel », vient l’« aultre faict et négotiation, faict et géré par lesdictz Luccas et Baratte contables, touchant le faict du temporel, pour et ou non [au nom] des parroissiens de ladicte paroisse de Piré, durant l’an de leur charge ». Notons qu’un terme très peu usité dans les comptes de fabrique apparaît plus souvent dans ces comptes « pour le temporel », celui de « général », qui semble ainsi désigner la communauté paroissiale au civil
Ainsi, les exigences fiscales et militaires de la monarchie et les difficultés du dernier tiers du XVIe siècle conduisent à une timide différenciation entre paroisse et communauté d’habitants. Mais elle reste très partielle et conçue comme provisoire. C’est assez souligner que la communauté continue à se confondre avec la paroisse, et que la tenue écrite des comptes de la seconde, dont les biens sont gérés par cette personne morale qu’est la fabrique, a été et reste une affirmation de la première en tant que corps, d’un corps qui continue à exister d’abord et avant tout dans un cadre religieux
Il est fort difficile, pour le XVIe siècle, d’identifier les trésoriers. Leurs professions ne sont jamais indiquées, non plus que leurs liens familiaux. En outre, l’emploi de qualificatifs honorifiques est rare à cette époque. Le seul relevé des noms de famille fait apparaître quelques récurrences, comme à Saint-Gondran, dans le diocèse de Saint-Malo, où le patronyme Lusault apparaît en 1572, 1580, 1583 et 1597.
Mais il s’agit d’une petite paroisse, peu peuplée (elle ne compte que 260 communiants vers 1730, d’après le pouillé alors dressé pour le diocèse de Saint-Malo). À raison de deux trésoriers par an, non rééligibles, assez nombreux sont finalement ceux qui sont susceptibles d’être appelés à cette charge, élément qui réduit sans doute, surtout dans les paroisses rurales, les éventuelles tentations oligarchiques.
L’historien peut alors nourrir l’espoir d’un recours aux sources fiscales, c’est-à-dire, dans les faits, aux rôles de fouage. Seule une paroisse, Gévezé, a conservé, pour le XVIe siècle, à la fois des comptes de fabrique et un rôle de fouage, daté de 1584. La comparaison de ce document avec le relevé des noms des trésoriers pour la période 1570-1600 ne fournit aucun résultat significatif, constatation dont le seul intérêt , mais il n’est peut-être pas négligeable , est de ne pas étayer l’hypothèse d’une oligarchie de paysans aisés
Une comptabilisation des trésoriers apposant leur signature à la fin des comptes doit permettre de mesurer, même si c’est de façon approximative, l’alphabétisation de ces hommes. L’opération réalisée pour Saint-Gondran, sur les 26 années pour lesquelles nous possédons des comptes pour la période 1570/1571-1599/1600, montre que seuls 8 trésoriers sur 52 signent, 3 d’entre eux le faisant de façon hésitante. À Chavagne, paroisse rurale située près de Rennes, 7 trésoriers sur 104 apposent leur signature dans le registre de comptes tenu de 1529/1530 à 1580/1581.
Il faut sans doute renvoyer à la faiblesse de l’alphabétisation en Haute-Bretagne, mesurée pour la fin du XVIIe siècle et qui apparaîtrait avec davantage d’acuité pour le siècle précédent, et il faut raisonnablement en conclure que les trésoriers sont loin de tous maîtriser l’écrit. Ainsi, la maîtrise de l’écrit ne serait apparemment pas nécessaire à celle de la comptabilité, dans le cadre d’une culture orale où l’on utilise sans doute certains procédés qui, de fait, n’ont pas laissé de traces, mais qui pourraient présenter des analogies avec les inscriptions sur pierre et sur bois trouvées dans les régions de montagne.
Les « papiers de marque » et les quittances, qui semblent être généralement rédigés par des prêtres pour les premiers, par des marchands, des artisans ou des notaires pour les seconds, servent de repères et de preuves lors de la mise par écrit du compte par un notaire (ou « passe »), puis lors de son examen par un commissaire.
Est une lourde charge qui demande du temps, et peut donc engendrer une légère perte de revenus, le trésorier ne pouvant consacrer certaines journées à ses propres affaires. À ces pertes éventuelles s’ajoutent les faux frais, alors que les indemnisations, qui apparaissent dans le budget des fabriques, ne sont que partielles.
Surtout, les trésoriers sont responsables sur leurs propres biens de la gestion des deniers paroissiaux. Il faut donc qu’ils disposent à la fois d’un minimum de biens et d’une légère marge de manœuvre financière, ce qui exclut très probablement les paysans les plus pauvres et les ouvriers agricoles. Si le risque de faillite peut être une menace pour les trésoriers, il en est de même pour les paroisses, le risque d’une perte sèche menant sans doute à la désignation des trésoriers parmi les éléments les plus stables des paroisses, individus appartenant à des familles ancrées dans l’espace paroissial et donc dans la communauté.
Ce sont sans doute ces risques financiers qui expliquent le refus de Melaine Honger, désigné comme trésorier à Domalain pour l’année 1594/1595, d’exercer sa charge, à une époque où les guerres de la Ligue entraînent une baisse des recettes et une hausse des dépenses. L’autre trésorier doit alors « le fere contraindre par justice de fere la charge de thresorier »
Les 469 paroisses et trèves (si l’on exclut du calcul les villes épiscopales) des diocèses de Rennes, de Dol et de Saint-Malo composent une région qui présente, à la fois, une véritable cohérence et un certain nombre de diversités. Cette diversité des pays et des paroisses tient entre autres à la densité de population, à l’influence plus ou moins forte de la culture urbaine, aux activités des habitants et à une inégale richesse qui dépend de la qualité des terres et des échanges commerciaux, mais aussi, en milieu rural comme urbain, de l’importance de l’activité toilière. Le découpage diocésain forme un élément de diversité supplémentaire, chaque diocèse possédant une spécificité, qui est liée à son histoire mais plus encore à la politique menée par la hiérarchie ecclésiastique.
Ceci dit, la gestion des paroisses et des trèves est partout effectuée sur le même modèle, celui de la fabrique, personne morale. En ce pays d’habitat dispersé, où la communauté se confond avec la paroisse, au bénéfice de cette dernière, et où, à la différence de la Basse-Bretagne, les hameaux, même importants, n’ont pas d’autonomie de gestion, la gestion des fabriques est un facteur de constitution de la communauté paroissiale80, plus que dans le Midi mais aussi que dans un large Bassin parisien prolongé par la Normandie.
Le fait, à partir de la seconde moitié du XVe siècle en milieu rural, de consigner les comptes dans des registres (c’est le choix, nouveau, de l’écrit) est sans aucun doute une étape importante de ce processus.
Se fait partout sur le même modèle, mais le budget dont disposent les fabriques varie en fonction de la composition des revenus ainsi que du nombre et de la richesse des paroissiens. Cependant, ces budgets augmentent partout au cours du XVIe siècle. Le montant des dépenses est adapté à celui des recettes, l’inverse étant vrai également.
La paroisse coïncidant avec la communauté, elle constitue la circonscription de base pour la levée de l’impôt, ce qui crée la tentation d’une confusion entre les types de dépenses. En fait, les exigences fiscales de la monarchie dans le dernier tiers du XVIe siècle conduisent à une timide différenciation entre paroisse et communauté d’habitants, qui reste cependant partielle et conçue comme provisoire. La communauté continue à se confondre avec la paroisse, mais contrairement à ce qui a été parfois affirmé il n’y a pas à proprement parler de « cumul institutionnel ».
Très important dans la gestion de la fabrique, mais il s’avère extrêmement difficile de les identifier. La plupart sont visiblement des laboureurs, au sens générique que recouvre ce terme dans la France de l’Ouest, celui d’exploitant agricole. Il semble bien que les risques financiers que présente la charge et le prestige réel qu’elle confère soient prioritairement accordés à des hommes qui ne sont pas les plus exposés aux incertitudes de la conjoncture économique et à l’instabilité géographique qu’elle peut entraîner, sans qu’il paraisse pour autant justifié de parler d’oligarchie. Les autres paroissiens jouent eux aussi un rôle, évidemment moindre, dans la gestion de la fabrique.
C’est notamment le cas d’un groupe qui apparaît composé d’une douzaine à une quarantaine de personnes, selon l’importance de la population de la paroisse. La gestion de la fabrique est ainsi le lieu d’une démocratie inégalitaire, où tous ont voix au chapitre (y compris, dans certains cas, pendant l’année comptable), mais où toutes les voix n’ont pas le même poids. Le groupe qui constitue la major et sanior pars semble en voie d’institutionnalisation dans le cours du siècle.
Est un enjeu pour les autorités ecclésiastiques, qui entreprennent de les contrôler par le biais d’un examen des comptes, qui fait suite à leur reddition, la modalité du contrôle s’effectuant de façon différente suivant les diocèses. Cela permet aux ecclésiastiques, membres de la hiérarchie ou simples recteurs suivant les cas, d’inciter les paroissiens à certaines dépenses, ou d’empêcher que d’autres dépenses soient intégrées dans le budget de la fabrique.
Mais le contrôle de la gestion des fabriques est aussi une tentation pour les autorités civiles et les seigneurs, qui entreprennent d’affirmer leur prééminence sur les communautés paroissiales.
Un peu partout, les autorités ecclésiastiques perdent le contrôle des comptes de fabrique dans les années 1570, à une époque où la pression fiscale s’accroît sur les paroisses. Une reconquête est entreprise par la hiérarchie ecclésiastique du diocèse de Saint-Malo à la fin du siècle, mais ses résultats restent fragiles