










Il faut savoir que ce nom a eu plusieurs orthographes : LISKILLY en 839 – LISCHELLI en 846 - LISKILLI en 1000
Convoyon-- se présenta avec ses moines devant cette cour en Guern (Guer) où siégeaient les machtierns Gradlon, Portitoë, Ratuili, Catluiont, Jarnwocon et l’envoyé du prince Nominoë, parce que les religieux avaient demandé la restitution d’un domaine que leur avait enlevé, contre toute justice, un tyern nommé Merchrit.
Le nom "Bosquet" suggère une zone de boisement située sur les marches de la grande forêt de Brocéliande (Paimpont), qui descendait alors beaucoup plus bas vers Guer.
La "Cour" : À Guer, comme à Sixt, une "Cour" (ou Lis) désignait la résidence du notable local ou du fonctionnaire ducal.
Le contexte de 846 : Après sa victoire à Ballon (845) contre Charles le Chauve, Nominoë renforce ses positions à l'Est. La zone de Guer devient une zone tampon. La Cour du Bosquet aurait servi de centre de collecte et de justice locale pour assurer la loyauté des populations des marches
Guer est mentionnée à plusieurs reprises dans le Cartulaire sous le nom de Plebs Guern.
L'acte de 846 : Cette période est marquée par une intense activité juridique. Les moines de Redon, avec l'appui de Nominoë, sécurisent leurs propriétés à Guer et aux alentours (comme à Ville-Boscher ou vers les landes de Coëtquidan).
La Justice itinérante : Les procès ne se tenaient pas toujours au bourg. Le "juge" (le Machtiern de Guer) pouvait tenir son Plaid à la Cour du Bosquet pour régler des litiges forestiers ou des droits de passage vers la vallée de l'Oust.
Il existe à Guer et dans les environs (notamment vers Monteneuf ou Saint-Malo-de-Beignon) plusieurs lieux-dits liés au "Bosquet" ou à la "Cour".
La Ville-Boscher : Située à Guer, ce site abrite une allée couverte, preuve d'une occupation très ancienne. Au IXe siècle, ces sites antiques étaient souvent des points de repère pour les assemblées de justice.
Le lien avec le Hêtre (Fau) : Comme pour Sixt, le "Bosquet" de Guer était composé de hêtres et de chênes. La "Cour du Bosquet" était littéralement la "Cour de justice de la forêt".
Si vous aviez un différend à Guer en 846 :
1. L'autorité : Vous vous rendiez à la "Cour" (l'Aula).
2. Le Serment : Devant des témoins (les Boni Homines de Guer), vous juriez sur des reliques ou devant une source sacrée.
3. La Décision : Le jugement était rendu au nom du "Prince des Bretons" (Nominoë).
Cette liste de noms, que l'on retrouve dans le Cartulaire de Redon, constitue le véritable "gotha" du pouvoir et de la justice en Bretagne centrale (vallée de l'Oust, de l'Aff et Vilaine) au IXe siècle. Ces hommes ne sont pas seulement des propriétaires, ce sont des Machtierns : des magistrats-chefs de paroisse. Voici comment chacun d'entre eux s'inscrit dans la géographie judiciaire autour de La Gacilly, Carentoir, Sixt et Guer :
Comme nous l'avons vu, il est la figure centrale de Sixt-sur-Aff.
• Son rôle : Il est le premier grand donateur de Redon (832). Sa villa au village du Faux est le siège d'une autorité qui fait le pont entre le pouvoir civil et les moines.
• Lien judiciaire : Il préside des actes où la justice est rendue à la fontaine ou sous l'arbre (le hêtre/fau).
C’est sans doute l'homme qui régnait sur la Cour du Bosquet à Guer.
• Territoire : Il est le Machtiern de la paroisse de Guer (Guern).
• Action : Il apparaît dans de nombreux actes du Cartulaire (notamment vers 840-850). Il est souvent présent aux côtés de Nominoë. Si une justice était rendue à la Cour du Bosquet, c'était sous son autorité ou celle de ses officiers.
• Justice : Il garantit les transactions dans le secteur boisé de la lisière de Paimpont.
Attention à ne pas le confondre avec le roi légendaire d'Is. Le Gradlon du Cartulaire est un chef bien réel
• Territoire : Il exerce son pouvoir sur la Plebs Carantoer (Carentoir), englobant La Gacilly.
• Justice : Il est souvent cité comme témoin ou garant lors des Plaids (tribunaux). Il représente l'autorité stable sur le plateau qui domine l'Aff.
• Portitoë : Un nom typiquement carolingien-breton. On le voit souvent intervenir dans les zones de Sixt et Renac. Il fait partie de ces "nobles" qui valident la légitimité des contrats de vente.
• Catluiont : Souvent associé aux actes de la zone de l'Oust. Ces hommes forment le "jury" des Boni Homines. Sans leur signature au bas du parchemin, aucun jugement n'était valide à l'époque.
L’affaire suivante est un exemple fascinant de la lutte entre le pouvoir civil des Machtierns et le pouvoir spirituel naissant de l'Abbaye de Redon au IXe siècle. Elle est consignée avec précision dans le Cartulaire
Le conflit concerne le domaine de "Ran Louuern" (la terre du Renard). Voici comment la "Cour de Justice" a tranché ce litige à l'époque :
L'accusation : Les moines de Saint-Sauveur de Redon accusaient le tyern (chef) Merchrit d'avoir spolié l'abbaye d'une terre qu'elle estimait sienne par donation. Merchrit est décrit par les moines comme agissant "contre toute justice", un terme fort destiné à marquer l'illégalité de son acte aux yeux de Dieu.
Le Tribunal : L'affaire n'a pas été réglée dans une petite cour locale, mais portée devant le Plaid suprême présidé par Nominoë lui-même (le Princeps de Bretagne).
Le jugement : Nominoë, entouré des grands Machtierns à écouté les deux parties.
Pour trancher, on a utilisé le témoignage des Scabins" (Juges)
les scabins (du latin scabini, les juges assermentés) qui ont donné raison aux religieux.
• À cette époque (vers 846), les scabins étaient souvent choisis parmi les hommes: Gradlon, Portitoë, ou Jarnwocon.
• En votant contre Merchrit, ces Machtierns ont validé le passage de la justice "seigneuriale" (le tyern seul) à une justice "publique" et "collégiale" contrôlée par Nominoë et l'Église.
1. Merchrit (Le "Tyern") : Il représente l'ancienne aristocratie bretonne qui voyait d'un mauvais œil l'accumulation de terres par les moines de Redon.
2. Nominoë (Le Juge) : Il arbitre. Bien que protecteur de Redon, il doit respecter la loi coutumière pour ne pas s'aliéner ses chefs de guerre.
3. Les Témoins : Des hommes comme Ratuili ou Catluiont ont dû attester de la véracité de la donation originelle.
La justice a finalement donné raison aux religieux. Merchrit a été contraint de restituer le domaine. Pour sceller cette décision, un acte a été rédigé (conservé dans le Cartulaire) pour que plus personne, même un puissant Tyern, ne puisse contester la propriété monastique.
Et de la terre de Ran Louuern est un cas d'école de la justice bretonne sous Nominoë. Grâce aux recoupements historiques, on peut situer ce drame judiciaire avec précision.
Localisation : Ran Louuern (La terre du Renard)
Le nom Ran Louuern (du vieux breton Ran, la part de terre, et Louuern, le renard) a été identifié par les spécialistes du Cartulaire de Redon.
• Le secteur : Il se situe sur la paroisse de Guer, non loin de la vallée de l'Oust.
• Le lien avec le Bosquet : Cette terre faisait partie de la zone forestière et marécageuse que se disputaient les colons bretons et les nouveaux monastères. Il est fort probable que cette terre se trouvait dans le périmètre d'influence de la Cour du Bosquet ou de la Ville-Boscher.
(ou tiern en vieux breton) est un terme d'origine celtique fondamentale qui désigne la puissance et l'autorité.
Étymologie celtique
Le mot provient d'une racine celtique commune que l'on retrouve dans toutes les langues de la famille :
• Vieux breton : tiern (chef, seigneur).
• Gaulois : tigerno- (maître, seigneur).
• Gallois : teyrn (roi, souverain).
• Vieux irlandais : tigern (seigneur).
- Signification profonde
Littéralement, le terme est lié à la racine "ti" (la maison). À l'origine, le tyern est le "maître de la maison", celui qui possède l'autorité sur le domaine familial et étendu. C'est l'équivalent sémantique exact du latin dominus (dérivé de domus, la maison).
- Usage historique en Bretagne
• Le Tyern :
C'est un chef local, un membre de l'aristocratie qui exerce un pouvoir sur un territoire précis (une plebs ou paroisse).
Son crime : Il avait "enlevé" (spolié) ce domaine aux moines, probablement en contestant une donation faite par l'un de ses ancêtres ou un de ses vassaux.
Sa défense : Il affirmait sans doute que la terre était un "bien de famille" inaliénable, s'opposant ainsi au droit écrit que les moines commençaient à imposer.
Cette affaire marque la fin de l'impunité pour les chefs locaux face à l'administration de Nominoë. La justice devient une affaire d'État