










Explications sur certains mots du Cartulaire de Redon
Clerc -Machtiern - Minihi - Plou -Ran -Treb -Treve - Villa- Paroisse- Fabriques - Cours de Justice - Frairie
Ce serait dans cette cour, au bord d’une fontaine que, selon l’antique usage, le machtiern titulaire Ratuili tenait ses assisses quand Conwoïon, vers 832, vint lui demander, pour sa communauté, la cession du Tre de Rohon (Redon ). Avec le consentement de son fils Catworet, il concéda au futur bénédictin le territoire demandé. Le village de le Faux existe toujours sur Sixt-sur-Aff, non loin de Bruc-sur-Aff et c’est très certainement l’ancienne cour de justice.
Le village de Le Faux à Sixt-sur-Aff est le site historique majeur. C'est l'ancienne résidence de Ratuili. Le nom même du village vient du mot "Fau" (le hêtre), ce qui confirme le lien direct avec la Cour du Hêtre.
La Cour (ou Cohorte/Aula) : Dans la toponymie bretonne, le mot "Cour" désigne très souvent l'ancien siège d'une juridiction seigneuriale ou d'un manoir ayant droit de justice. Ce n'était pas seulement une ferme, mais un lieu où le seigneur (ou le Machtiern avant lui) rendait ses arbitrages.
Le Hêtre : La présence d'un arbre remarquable (comme un hêtre ou un chêne) servait fréquemment de point de ralliement pour les Plaids (assemblées de justice en plein air). En l'an 780, on ne jugeait pas dans des palais clos, mais souvent sous l'arbre "sacré" ou "public" du domaine.
Bien que le nom exact "Cour du Hêtre" soit une évolution plus tardive (gallo-romane ou française), le site correspond à la zone d'influence de l'Aula d'Anowarith (le Machtiern de Sixt vers 830).
Dans le Cartulaire, les actes signés à Sixt font souvent référence à des rencontres "in loco" (sur le lieu même).
La Cour du Hêtre se situe à proximité des axes anciens reliant Carentoir à Sixt. C'était un point de passage où l'autorité pouvait se manifester physiquement.
À cette époque, si un litige éclatait à la Cour du Hêtre, voici comment il était traité :
1. L'évocation : On portait l'affaire devant les Boni Homines (les notables) du secteur de Sixt.
2. Le Plaid : Le Machtiern (Anowarith ou ses représentants) se déplaçait ou convoquait les parties à l'Aula.
3. La preuve : Si vous ne pouviez pas prouver votre droit par un écrit (très rare en 780), vous deviez amener 6 ou 12 voisins pour jurer en votre faveur.
Le nom de "Cour" a survécu à travers les siècles alors que le système des Machtierns disparaissait. Au Moyen Âge classique (XIIe-XVe siècle), ces anciens centres de pouvoir bretons ont souvent été transformés en petites seigneuries locales qui ont conservé leur droit de basse et moyenne justice (litiges de voisinage, de dettes ou de petites infractions).
Les recherches sur "Les Fau" et la "Cour du Hêtre" se rejoignent ici. Le Cartulaire de Redon mentionne un personnage nommé Ratuili (ou Ratuuili) qui vivait au IXe siècle.
Le siège de la justice : Selon la tradition locale et les textes, Ratuili rendait la justice au village du Faux (tout proche de la Cour du Hêtre).
La visite de Saint Convoyon : En 832, le fondateur de l'abbaye de Redon lui-même, Saint Convoyon, serait venu rencontrer Ratuili à la "Fontaine de Ratuili" (située au Faux) pour discuter de la fondation de l'abbaye.
Le site de la Cour du Hêtre se trouve dans le prolongement de ces anciens lieux de pouvoir.
Le symbole du Hêtre : Comme mentionné précédemment, la justice de l'époque carolingienne (vers 780-830) se rendait sous des arbres "sacrés" ou "de justice". Le hêtre (ou le fau en vieux français/gallo, issu du latin fagus) a donné son nom tant au village des Fougerêts qu'à celui du Faux. La "Cour du Hêtre" est donc littéralement la "Cour de justice près de l'arbre repère".
À Sixt-sur-Aff, la justice était aussi liée aux sources. La Fontaine Saint-Sixt et celle de Ratuili n'étaient pas seulement des points d'eau :
En 780, on pratiquait parfois l'ordalie (le jugement de Dieu) par l'eau.
Les témoignages et serments devant le Machtiern se faisaient souvent près de ces points d'eau bénis ou ancestraux pour garantir la vérité des propos
Le Cartulaire (acte n°1) raconte un événement fondateur qui s'est déroulé sur ses terres :
Saint Convoyon, cherchant à fonder l'abbaye de Redon, se rend chez Ratuili au village du Faux.
Ratuili est alors gravement malade. Convoyon le guérit miraculeusement.
En signe de gratitude et pour sceller un acte de justice et de dévotion, Ratuili donne une partie de ses terres (dont le lieu-dit Roton, qui deviendra Redon).
Le geste judiciaire : Cette donation est faite devant des témoins, "à la fontaine de Ratuili". C’était une manière de rendre l'acte public et incontestable devant la loi de l'époque .
La Cour du Hêtre, par son nom, conserve le souvenir de cet espace de commandement. À cette époque, la "Cour" de Ratuili remplissait plusieurs fonctions :
La perception des taxes : Les paysans venaient y porter leur part de récolte.
Le règlement des litiges : C'est là que l'on jugeait les vols de bois dans les forêts de hêtres environnantes ou les contestations de limites de parcelles (rannou).
L'enregistrement : Bien que l'on soit en 780-830, la présence de clercs autour de ces grands propriétaires permettait de consigner les décisions, dont beaucoup ont fini dans le Cartulaire de Redon.
Le choix de cet arbre n'est pas anodin dans la justice bretonne ancienne :
Le hêtre était un arbre de borne. On s'en servait pour délimiter les zones de juridiction.
On l'appelait parfois l'Arbre du Plaid. Rendre la justice sous un hêtre à Sixt-sur-Aff, c'était placer le jugement sous le signe de la force et de la pérennité.
Est l'une des plus fascinantes du Cartulaire de Redon. Il n'est pas seulement un nom sur un parchemin, mais une figure d'autorité qui a façonné le paysage entre Sixt-sur-Aff, Carentoir et Les Fougerêts vers l'an 830. Voici ce que les textes nous révèlent sur cet homme et son rôle de "juge"
Ratuili était un notable breton, souvent qualifié de vassus (vassal) ou de proche des Machtierns. Il possédait une immense villa (un domaine) qui couvrait une partie de Sixt et des Fougerêts.
Sa résidence : Elle se situait au village du Faux (le nom vient du latin Fagus, le hêtre, ce qui nous ramène directement à la Cour du Hêtre).
Son rôle : Il agissait comme un intermédiaire de justice. C’était l'homme que l'on venait voir pour arbitrer les conflits avant qu'ils ne remontent au Machtiern ou au souverain breton Nominoë.
L'introduction de Catworet aux côtés de son père est un motif classique de la littérature de cour médiévale visant à établir la lignage.
Signification Narrative : Catworet est souvent présenté en position d'apprentissage ou de co-signature. Sa présence prépare le lecteur (ou l'auditeur) à la pérennité des alliances. Il n'existe, dans le texte, que par rapport à son père, créant une structure narrative de "doublement" du soutien au souverain.
Fonction Thématique : Il symbolise la filiation et l'avenir. Alors que Ratuili est le passé et le présent, Catworet est la promesse que la fidélité à la cour du Hêtre survivra aux individus
L'étude de Ratuili et de son fils Catworet dans le Cartulaire de Redon (le recueil d'actes le plus précieux pour comprendre la Bretagne du IXe siècle) révèle une structure sociale fascinante. Ces documents, bien que juridiques, sont rédigés avec une solennité qui s'apparente aux textes de cour.
Ratuili (ou Ratuuili) : Composé de Rat- (grâce, fortune, succès) et -uili (modestie ou vigilance). Le nom suggère un chef dont le succès est tempéré par la sagesse.
Catworet (ou Catuuoret) : Un nom éminemment martial. Cat- signifie "combat" et -uoret provient d'une racine signifiant "secours" ou "protection". Catworet est littéralement "celui qui secourt au combat".
Ratuili n'est pas un simple noble ; il porte souvent le titre de Machtiern. Dans la hiérarchie entourant "le Hêtre" (Nominoë), ce rôle est unique :
Le Rôle de Médiateur : Le machtiern est l'interface entre la paysannerie libre et le prince. Ratuili gère les litiges de voisinage, les bornages de terres et les impôts.
La Présence de Catworet : Le fait que Catworet soit cité à ses côtés montre que la charge de machtiern était héréditaire par usage, bien que nécessitant l'aval du souverain. C'est le début de la féodalité de lignage
Acte le plus significatif du Cartulaire de Redon est sans doute l'acte numéro CVII (107), daté du milieu du IXe siècle (vers 842-853).
Voici l'analyse de cet acte spécifique qui met en scène leur fonction à la cour et leur rapport au territoire :
1. Le Contexte de l'Acte
Dans cet acte, il est question d'une transaction foncière ou d'un arbitrage de litige dans la zone de Bains (proche de l'abbaye de Redon). Ratuili y apparaît avec son titre de Machtiern, confirmant son statut de chef de paroisse doté d'un pouvoir judiciaire.
2. La Formule de Témoignage
L'acte suit une structure latine rigoureuse typique des textes de cour bretons :
La présence de Ratuili : Il est cité comme le premier des témoins laïcs après le prince (Nominoë ou son fils Erispoë). Sa signature valide la légitimité de l'acte : "Ratuili machtiern testis" (Ratuili, machtiern, témoin).
L'introduction de Catworet : Immédiatement après son père, on trouve souvent la mention : "et Catuoret filius ejus" (et Catworet son fils).
L'Apprentissage du Pouvoir : Dans cet acte spécifique, Catworet ne se contente pas d'être présent ; il est associé à l'acte de "garantie". Thématiquement, cela montre que la parole du père engage le fils. C'est une solidarité lignagère qui assure à l'abbaye de Redon (le bénéficiaire souvent visé) que la terre ne sera pas réclamée par la génération suivante.
La Cour itinérante : L'acte mentionne souvent le lieu où il a été rédigé (par exemple, "in aula illa" — dans cette cour). Cela nous montre Ratuili et Catworet se déplaçant avec la cour du "Hêtre" pour rendre la justice de manière itinérante.
Dans cet acte, Ratuili agit comme un officier de liaison. Tandis que le souverain (Nominoë) donne son accord global, c'est Ratuili qui connaît les limites physiques du terrain ("les bornes"). Catworet, en étant témoin, devient le futur gardien de cette mémoire géographique.
Après la mort de Nominoë (le "Hêtre") marque un tournant tragique et héroïque pour la noblesse bretonne. Leur destin s'inscrit dans la transition brutale entre l'âge d'or des machtierns et l'ère des dévastations viking
Après la disparition de Ratuili, Catworet assume pleinement la charge de Machtiern. Cependant, le contexte politique a changé :
L'affirmation du pouvoir royal : Sous Erispoë et Salomon (successeurs de Nominoë), le rôle de Catworet se centralise. Il n'est plus seulement un chef local, mais un officier royal.
La pression carolingienne : Les actes du Cartulaire montrent que Catworet doit naviguer dans des eaux diplomatiques troubles, alors que les frontières de la Bretagne s'étendent vers l'Anjou et le Maine.
C'est ici que la fonction thématique du lignage prend une dimension dramatique. Les raids vikings (ou Normands) viennent briser la continuité que Ratuili avait tant de peine à établir.
L'effondrement du système des Machtierns : Le système de justice locale, basé sur la stabilité foncière, ne peut résister à une force de pillage mobile. Le titre de "machtiern" que portait Catworet commence à disparaître des actes.
La mutation vers la Chevalerie : Pour survivre, les descendants de cette aristocratie doivent abandonner leur rôle de "juges de paix" (civil) pour devenir des guerriers de forteresse (militaires). C'est la naissance de la militarisation du paysage : on passe de la "cour" (espace ouvert) au "château" (espace clos).
Le "silence" qui suit Catworet dans les textes après les grandes invasions de 919 symbolise la fin de la Bretagne archaïque. Le lignage de Ratuili représente cette "vieille roche" qui a tenu tant que l'arbre (le Hêtre/Nominoë) était debout, mais qui s'est fragmentée une fois la tempête normande passée.
Il est probable que les descendants de Catworet aient été parmi ceux qui ont fui vers l'Angleterre ou la France aux côtés d'Alain Barbetorte pour préparer la Reconquête, ou qu'ils se soient fondus dans la petite noblesse rurale dont les noms ont été latinisés ou perdus.
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